La présente campagne électorale prend place dans un contexte numérique sans précédent. Les réseaux sociaux, outils incontournables de communication politique, sont jalonnés par des algorithmes ultra-personnalisés mais encore inaptes à filtrer les contenus fiables des contenus suspects, incluant ceux visant le processus électoral lui-même. Le CQÉMI s’est entretenu avec Élections Québec afin d’y voir plus clair.
Sommes-nous davantage exposés à la désinformation au cours de cette campagne électorale provinciale comparativement aux précédentes? Si oui, comment expliquez-vous cela?
Nous sommes attentifs à l’émergence et à l’évolution de récits de désinformation qui pourraient venir perturber le bon déroulement du processus électoral ou miner la confiance des électeurs envers l’élection. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais avec Internet et les médias sociaux, les informations fausses ou trompeuses circulent encore plus facilement et sont lues ou entendues par beaucoup plus de personnes.
Cela dit, une forte majorité d’électeurs continue d’avoir confiance dans l’intégrité des élections au Québec. Évidemment, cela ne signifie pas pour autant que le Québec soit immunisé et qu’aucune action de sensibilisation ne soit nécessaire.
Quelles sont les principales formes ou stratégies de désinformation que vous constatez dans cette campagne? Et quels sont leurs impacts?
De manière générale, ce que nous avons pu observer relève d’une méconnaissance de certains éléments du processus électoral avec lesquels les électeurs sont moins familiers (par exemple, comment les bulletins de vote sont comptés). D’autres fois, il s’agit de récits élaborés sur la base d’anecdotes, d’événements isolés présentés comme généralisables à l’ensemble du Québec et d’autres éléments faux ou pris hors contexte.
Bref, cela ne reflète pas nécessairement des croyances profondes. La plupart du temps, des personnes ou des groupes bien intentionnés partagent de fausses informations en pensant aider leur entourage.
Quels conseils recommanderiez-vous aux citoyens pour trouver de l’information vérifiée en période électorale?
Il n’y a pas de solution miracle; il faut rester critique par rapport aux contenus qu’on peut lire ou entendre. Nous avons trois propositions pour aider les électeurs :
- Renseignez-vous auprès d’Élections Québec pour tout ce qui concerne le vote : nous sommes la source d'information officielle sur les élections québécoises. Rappelez-vous que les outils d’intelligence artificielle ne génèrent pas toujours du contenu vrai et exact.
- Allez plus loin que votre fil d'actualité sur les médias sociaux. Ce qui vient à vous n’est pas neutre. Ne vous laissez pas imposer ce sur quoi vous vous basez pour forger vos opinions : soyez proactifs et allez par vous-même visiter les sites de sources diversifiées et fiables.
- Contribuez à freiner la propagation de fausses informations en prenant le temps de vérifier les faits avant de réagir ou de relayer un contenu en ligne.
Plus largement, quel rôle joue l'éducation aux médias dans le développement de l’esprit critique et la vitalité de la démocratie?
La désinformation est un sujet que l’on aborde de plus en plus à travers nos activités. Les citoyens doivent être sensibilisés au fait qu’ils peuvent y être confrontés quand ils lisent ou écoutent différentes sources. De manière plus générale, l’éducation à la démocratie est une avenue porteuse pour développer les connaissances sur le processus électoral et la démocratie, ce qui, en soi, contribue à limiter la propagation de désinformation sur les élections. Une personne qui connaît le fonctionnement de notre démocratie a moins de chances de croire et de partager des informations fausses.
Nous mettons en œuvre plusieurs programmes d’éducation à la démocratie et nous menons également des projets en partenariat avec des organismes comme le CQÉMI, l’Institut du Nouveau Monde, Citoyenneté jeunesse et des sites d’actualité vulgarisée pour les jeunes comme Les As de l’info et Le Curieux. Mais il est aussi important pour nous d’élargir nos publics : nous souhaitons que tous les citoyens aient accès à de l’information juste concernant le fonctionnement des élections et ses différents volets.
Le CQÉMI offre l’atelier La désinformation, un danger pour la démocratie, conçu en collaboration avec Élections Québec. Cet atelier pratique, destiné aux étudiant·es des niveaux postsecondaires ainsi qu’aux adultes, permet de comprendre les impacts des fausses nouvelles sur la démocratie et le rôle social des médias d'information. L’atelier est gratuit et animé par un·e journaliste de votre région.

