Au cours de l’année 2026, découvrez les organisations fondatrices européennes et africaines qui composent le Réseau francophone d’éducation aux médias et à l’information (RÉFÉMI) à travers les propos d’un de leurs représentants. Ce mois-ci : Christian Georges, collaborateur scientifique à la Conférence intercantonale de l'instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) depuis 2002, impliqué dans la mise en place de la Semaine des médias à l’école, en plus d’assumer la responsabilité éditoriale du site d'éducation aux médias e-media.ch. Et c’est sans compter sa grande passion pour le cinéma. Crédit photo : David Marchon
Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à vous impliquer en éducation aux médias et à l'information (ÉMI)?
La découverte du cinéma, via le ciné-club de mon lycée, a été l'un des aspects les plus marquants de mes études. Il y avait des mondes insoupçonnés derrière l'écran ! J'ai aussi pris conscience que la réalité est une construction. Celui ou celle qui la met en scène possède une grande influence. Les représentations médiatiques façonnent notre perception du monde, notre rapport aux autres, nos préjugés... En fantassin de la presse écrite, j'ai mesuré les effets et les limites de ce pouvoir. Mais aussi les griefs (parfois justifiés) sur nos pratiques journalistiques, les malentendus (fréquents) sur notre rôle et nos intentions. Quand il m'a été offert de travailler en ÉMI au bénéfice des écoles de Suisse romande, j'ai instantanément su que ce job me captiverait.
Quels sont les plus grands défis actuels de votre organisation?
L'ÉMI a longtemps été reléguée aux marges du Plan d'études romand. Chaque enseignante et chaque enseignant avait théoriquement la responsabilité d'en faire. C'est depuis quelques années une discipline à part entière ! L'appellation qui lui a été donnée en Suisse romande est « l'éducation numérique ». Ce terme recouvre en fait trois volets : les médias, la science informatique, les usages. Chaque canton de Suisse francophone a maintenant la responsabilité de former le corps enseignant, d'équiper les écoles en connexions internet et en matériel, d'aménager la grille horaire, de fournir des supports adéquats. Le temps long de l'école est percuté par le tsunami numérique. Les usages du public changent à toute vitesse. De nouveaux acteurs s'imposent d'autorité, avec des contenus et des procédés qu'il est important d'analyser, voire de remettre en question. Le défi principal est de trouver un bon équilibre entre les trois volets de l'éducation numérique (en évitant par exemple que l'informatique prenne toute la place). Le défi secondaire est de bien baliser les parcours d'apprentissage, avec une progression cohérente, sans noyer les enseignants sous une masse de ressources décourageante ou déroutante.
Quel changement aimeriez-vous voir parmi les jeunes et les adultes en matière de pratiques informationnelles?
Qu'ils prennent leur indépendance ! Qu'ils s'affranchissent de la dictature des algorithmes et des infos gratuites pré-mâchées et hiérarchisées par la Big Tech ! Dans mes interventions devant des élèves, des enseignants ou même des parents, j'insiste toujours sur l'importance de définir au moins une source fiable de référence en matière d'actualité. Et ensuite d'apprendre à accueillir la diversité des points de vue, à « penser contre soi-même ». L'horizon que nous nous fixons, c'est la citoyenneté numérique. Soit la capacité à faire des choix éclairés, en évaluant l'information de manière critique et en maîtrisant les outils numériques.

Le RÉFÉMI en bref
Le 3 octobre 2024 lors du XIXe Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts, en France, sept organismes d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord voués à l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI) ont fondé le RÉFÉMI. Il s’agit du Centre de liaison de l’enseignement et des médias (CLEMI, France), la Conférence intercantonale de l’instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin (CIIP, Suisse), Les Bénévoles de l’EMI (Côte d’Ivoire), Polaris association (Sénégal), le Conseil supérieur de l’éducation aux médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CSEM, Belgique), Éduk-Média/CREMI (Cameroun), et le Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information (CQÉMI).
Les sept organismes poursuivent quatre grands objectifs : la formation des formateurs en ÉMI; la production de ressources pédagogiques; la recherche et le partage d’expertises; le développement de la gouvernance de l’ÉMI dans l’espace francophone.

