Pleins feux sur le RÉFÉMI : Blaise Pascal Andzongo, bâtir l'ÉMI sur le continent africain

Pleins feux sur le RÉFÉMI : Blaise Pascal Andzongo, bâtir l'ÉMI sur le continent africain

 

Au cours de l’année 2026, découvrez les organisations fondatrices européennes et africaines qui composent le Réseau francophone d’éducation aux médias et à l’information (RÉFÉMI) à travers les propos d’un de leurs représentants. Ce mois-ci : Blaise Pascal Andzongo, président fondateur de l’Association camerounaise d’éducation aux médias Eduk-Media, psychologue des médias et de la communication, membre du bureau mondial de l’Alliance de l’UNESCO pour l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI), et membre du conseil d’administration de l’International Association for Media Education. À ce jour, il a formé plus de 300 formateurs en ÉMI dans plusieurs pays africains. 

 

Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à vous impliquer en éducation aux médias et à l'information (ÉMI)?

En 2014, une grande crise sécuritaire a secoué le Cameroun. Elle a créé une sorte de scission entre la partie anglophone et la partie francophone du pays. L’ampleur de cette crise peut être attribuée à l’usage irresponsable des réseaux sociaux pour propager la désinformation et la haine entre ces deux communautés. C’est de là que m’est venue l’idée de créer une association dont le but serait de réduire les tensions qui prenaient de plus en plus leurs sources dans les médias sociaux. Il fallait donc sensibiliser sur le bon usage des réseaux sociaux, et promouvoir le développement de l’esprit critique.

 

Quels sont les plus grands défis actuels de votre organisation?

Le défi majeur reste l’institutionnalisation de l’ÉMI au sein des programmes éducatifs nationaux, particulièrement dans les pays africains dans lesquels nous intervenons. Pour y parvenir, nous devons surmonter des obstacles structurels tels que la mobilisation des ressources financières et le recrutement de ressources humaines qualifiées, capables de porter ce plaidoyer avec conviction. 

Par ailleurs, nous luttons pour faire reconnaître, au-delà du continent, que l’Afrique possède des compétences et une expertise locales capables d’enrichir les débats mondiaux sur des thématiques cruciales comme la désinformation, l’ingérence informationnelle, l’IA… Nos solutions se nourrissent de réalités contextuelles spécifiques qui manquent souvent aux analyses globales. C’est pour cela que nous sommes présents dans certaines plateformes comme le RÉFÉMI, l’Alliance de l’UNESCO pour l’EMI, l’Association internationale d’éducation aux médias, etc. Nous nous positionnons comme un relais stratégique entre l’Afrique et les instances internationales pour consolider une approche de l’ÉMI plus inclusive et contextualisée.

 

Quel changement aimeriez-vous voir parmi les jeunes et les adultes en matière de pratiques informationnelles?

Internet représente une opportunité historique pour combler le fossé informationnel et technique entre l’Afrique et le reste du monde. Je crois donc fermement que si les usages des plateformes numériques et des technologies sont orientés en tenant compte de cette ambition, beaucoup de jeunes pourraient sortir de la pauvreté, de l’analphabétisme, et contribuer au développement de l’Afrique. Les adultes sont également concernés par ces projets. Le changement espéré est celui où chaque individu devient un citoyen critique et éclairé sur les enjeux des médias et de l’information.

 

Décrivez une réalisation qui fait votre fierté et celle de votre organisation.

Notre plus grande fierté est d’avoir été sollicité par le gouvernement tchadien pour l'élaboration d'une stratégie nationale d’intégration de l’ÉMI dans les programmes scolaires. Actuellement, la feuille de route pour la mise en œuvre de cette stratégie est en cours de validation. Parallèlement, nous poursuivons l’expansion de notre réseau Éduk-Média, déjà présent dans sept pays d’Afrique. Notre but est de bâtir une communauté de praticiens et de militants engagés pour la promotion de l’ÉMI en Afrique.

 


Le RÉFÉMI en bref

Le 3 octobre 2024 lors du XIXe Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts, en France, sept organismes d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord voués à l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI) ont fondé le RÉFÉMI. Il s’agit du Centre de liaison de l’enseignement et des médias (CLEMI, France), la Conférence intercantonale de l’instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin (CIIP, Suisse), Les Bénévoles de l’EMI (Côte d’Ivoire), Polaris association (Sénégal), le Conseil supérieur de l’éducation aux médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CSEM, Belgique), Éduk-Média/CREMI (Cameroun), et le Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information (CQÉMI).

Les sept organismes poursuivent quatre grands objectifs : la formation des formateurs en ÉMI; la production de ressources pédagogiques; la recherche et le partage d’expertises; le développement de la gouvernance de l’ÉMI dans l’espace francophone.

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