Au cours de l’année 2026, découvrez les organisations fondatrices européennes et africaines qui composent le Réseau francophone d’éducation aux médias et à l’information (RÉFÉMI) à travers les propos d’un de leurs représentants. Ce mois-ci : Ousseynou Gueye, directeur exécutif de Polaris Association, une institution engagée dans la participation citoyenne et l’éducation en Afrique de l’Ouest, et basée à Dakar, au Sénégal. Entrepreneur social ayant déjà travaillé pour Google et le réseau Ashoka, il s’implique dans le renforcement du pouvoir d’agir des jeunes à l’ère numérique. Crédit photo : Polaris Association
Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à vous impliquer en éducation aux médias et à l'information (ÉMI)?
Mon engagement est parti d’un décalage que j’ai vite perçu sur le terrain : les jeunes sont massivement présents dans les espaces numériques, mais souvent sans les outils nécessaires pour en comprendre les codes, les logiques et les risques.
Dans nos contextes, le numérique est à la fois une opportunité immense et un espace de fragilité. La désinformation, les discours de haine ou encore le cyberharcèlement ont des impacts concrets sur les individus et sur la cohésion sociale. L’ÉMI m’est donc apparue comme une réponse structurante. Elle permet non seulement de se protéger, mais surtout de mieux comprendre le monde, de prendre position et de participer de manière éclairée au débat public. C’est une compétence citoyenne essentielle aujourd’hui.
Quels sont les plus grands défis actuels de votre organisation?
L’un de nos principaux défis est de rendre l’ÉMI concrète et accessible à grande échelle. Il ne suffit pas de sensibiliser, il faut créer des expériences qui parlent aux jeunes, qui les impliquent et qui les mettent en situation. Cela suppose d’innover dans les formats, en combinant formation, création de contenus, engagement citoyen et outils numériques. Cela suppose aussi de travailler avec des acteurs variés — institutions publiques, collectivités locales, créateurs de contenus — pour toucher les publics là où ils se trouvent réellement.
Un autre défi important est celui de l’institutionnalisation. L’ÉMI doit encore trouver toute sa place dans les politiques publiques éducatives et démocratiques. C’est un travail de long terme, qui nécessite des alliances et des preuves d’impact.
Quel changement aimeriez-vous voir parmi les jeunes et les adultes en matière de pratiques informationnelles?
J’aimerais voir émerger une culture du réflexe critique. Prendre le temps de vérifier une information, comprendre d’où elle vient, pourquoi elle circule et quels effets elle peut produire. Mais au-delà de cette vigilance individuelle, il y a aussi une responsabilité collective. Chacun, à son niveau, contribue à la qualité de l’espace informationnel — que ce soit en partageant, en commentant ou en produisant du contenu. L’enjeu est donc de passer d’une posture passive à une posture consciente et engagée. Ne pas seulement consommer l’information, mais la questionner, la contextualiser et, si possible, contribuer à en améliorer la qualité.
Décrivez une réalisation qui fait votre fierté et celle de votre organisation.
Le programme « Mën Naa Ko » — qui signifie « Je le peux » en wolof — est aujourd’hui l’une de nos initiatives les plus structurantes. Il vise à renforcer la participation des jeunes à la vie publique à travers le numérique, dans plusieurs communes au Sénégal. Concrètement, nous avons mis en place des espaces locaux où les jeunes peuvent se former, échanger avec les élus, produire du contenu et développer des projets. L’ÉMI y est intégrée comme un levier d’engagement citoyen, et non comme un apprentissage isolé.
Ce qui fait notre fierté, c’est de voir des jeunes passer d’un usage passif du numérique à une posture active : ils s’informent mieux, s’expriment, questionnent les politiques publiques et proposent des solutions. Cela montre que l’ÉMI peut être un véritable outil de transformation sociale.

Le RÉFÉMI en bref
Le 3 octobre 2024 lors du XIXe Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts, en France, sept organismes d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord voués à l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI) ont fondé le RÉFÉMI. Il s’agit du Centre de liaison de l’enseignement et des médias (CLEMI, France), la Conférence intercantonale de l’instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin (CIIP, Suisse), Les Bénévoles de l’EMI (Côte d’Ivoire), Polaris association (Sénégal), le Conseil supérieur de l’éducation aux médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CSEM, Belgique), Éduk-Média/CREMI (Cameroun), et le Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information (CQÉMI).
Les sept organismes poursuivent quatre grands objectifs : la formation des formateurs en ÉMI; la production de ressources pédagogiques; la recherche et le partage d’expertises; le développement de la gouvernance de l’ÉMI dans l’espace francophone.

