En juin 2026 à Bruxelles, 16 formateurs en éducation des médias et à l’information (ÉMI) de 11 pays différents répartis sur trois continents (Afrique, Europe, Amérique du Nord) ont été réunis grâce au Réseau francophone d’éducation aux médias et à l’information (RÉFÉMI), avec la collaboration du Conseil supérieur de l’éducation aux médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CSEM, Belgique), Éduk-Média/CREMI (Cameroun) et l’Organisation internationale de la Francophonie. Cette rencontre constituait le point de départ d’un grand mouvement pour le partage d'expertises et le développement de nouvelles ressources en ÉMI pour tout l’espace francophone. Au cours des prochains mois, découvrez quelques-unes de ces personnes inspirantes impliquées dans cet important processus de « formation des formateurs ». Aujourd’hui : Aristide Kanga, consultante-formatrice en ÉMI et gestionnaire de projets basée en Côte d’Ivoire. Titulaire d’un Master en communication pour le développement, elle est membre et secrétaire générale adjointe des Bénévoles de l’Éducation aux Médias et à l’Information.
D'où vient votre intérêt pour l'éducation aux médias et à l'information (ÉMI)?
Il est né de mon parcours en communication pour le développement, et de mon engagement auprès des jeunes. En travaillant sur des enjeux qui touchent directement leur quotidien, notamment la migration irrégulière, j’ai pris conscience de l’influence que l’information peut avoir sur les perceptions, les choix et les comportements.
Face à la multiplication des contenus trompeurs et des discours de manipulation, je suis convaincue que l’accès à l’information doit s’accompagner de la capacité à l’analyser et à exercer son esprit critique. L’ÉMI est ainsi devenue pour moi un moyen de rendre les citoyens, particulièrement les jeunes, plus autonomes et responsables dans leur rapport à l’information.
Si vous aviez le pouvoir d'améliorer rapidement un aspect de l'ÉMI dans votre pays, que feriez-vous?
Je renforcerais le rôle de l’ÉMI dans la prévention de la désinformation et de la manipulation informationnelle en période électorale. En Côte d’Ivoire, les périodes électorales sont parfois marquées par une amplification des contenus trompeurs et de récits susceptibles d’exacerber les tensions communautaires. Les citoyens doivent être mieux outillés pour analyser les contenus et les discours politiques qui leur sont présentés, vérifier les informations et prendre du recul avant de les partager ou d’y adhérer.
Pour moi, l’enjeu n’est pas de dire aux citoyens ce qu’ils doivent penser, mais de leur donner les moyens de penser par eux-mêmes. Une ÉMI renforcée contribuerait ainsi à la qualité du débat démocratique et à la résilience des citoyens face aux manipulations informationnelles.
Nommez une initiative, un programme ou un projet de votre pays dans le domaine de l'ÉMI et qui mériterait d'être connu à travers la francophonie.
Je citerais Télé contre télé, une initiative de débat portée par les Bénévoles de l’ÉMI. Elle offre aux jeunes un espace pour exprimer leurs points de vue et confronter leurs idées autour de sujets liés à l’ÉMI ou de faits de société ayant un impact sur l’esprit critique des citoyens. J’apprécie particulièrement son approche participative : les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires de l’ÉMI, mais deviennent eux-mêmes acteurs du débat. Ils sont encouragés à argumenter, écouter des opinions différentes et questionner leurs propres perceptions. Cette initiative mérite d’être connue dans l’espace francophone parce qu’elle montre qu’un débat simple et accessible peut devenir un véritable outil d’éducation aux médias, au dialogue et à l’esprit critique.

Le RÉFÉMI en bref
Le 3 octobre 2024 lors du XIXe Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts, en France, sept organismes d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord voués à l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI) ont fondé le RÉFÉMI. Il s’agit du Centre de liaison de l’enseignement et des médias (CLEMI, France), la Conférence intercantonale de l’instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin (CIIP, Suisse), Les Bénévoles de l’EMI (Côte d’Ivoire), Polaris association (Sénégal), le Conseil supérieur de l’éducation aux médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CSEM, Belgique), Éduk-Média/CREMI (Cameroun), et le Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information (CQÉMI, Québec). En juin 2026, le Centre de recherches et d’éducation aux médias (CREM, Maroc) a rejoint les rangs du RÉFÉMI.
Depuis sa fondation, le réseau est soutenu financièrement par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l’Agence française de développement médias (CFI). Tous les membres poursuivent quatre grands objectifs : la formation des formateurs en ÉMI; la production de ressources pédagogiques; la recherche et le partage d’expertises; le développement de la gouvernance de l’ÉMI dans l’espace francophone. Depuis 2025, le réseau a également produit le premier référentiel de compétences pour les formateurs francophones en ÉMI et initié un premier cycle de formation de formateurs en ÉMI.

