Au cours de l’année 2026, découvrez les organisations fondatrices européennes et africaines qui composent le Réseau francophone d’éducation aux médias et à l’information (RÉFÉMI) à travers les propos d’un de leurs représentants. Cette fois, une exception, celui de la seule organisation du réseau en Amérique du Nord : André Lavoie, journaliste indépendant, critique de cinéma, et membre cofondateur du Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information (CQÉMI). Après une maîtrise en études cinématographiques à l’Université de Montréal en 1992, et parallèlement à ses débuts comme critique, il a donné des ateliers d’initiation au cinéma auprès des jeunes pendant huit ans. En 1998, il a amorcé une longue collaboration avec le quotidien montréalais Le Devoir, tout en écrivant dans différents magazines. Crédit photo : André Dumont
Quelles sont les raisons qui vous ont motivé à vous impliquer en éducation aux médias et à l'information (ÉMI)?
L’ÉMI n’était pas du tout sur mon écran radar professionnel. En 2021, grâce à quelques journalistes passionnés, dont celles et ceux qui avaient créé le programme #30secondes avant d’y croire, est né le CQÉMI. On m’a invité à participer à sa fondation, à siéger au conseil d’administration de l'organisme, en plus d’être formateur. Et qui aurait cru que je participerais à l’aventure du RÉFÉMI en allant au Sommet de la francophonie en 2024! En tant que journaliste, mais surtout comme citoyen, il m’apparaît essentiel de bien s’informer pour non seulement prendre de bonnes décisions, mais aussi comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons. Sur une note personnelle, une personne de ma famille a adhéré à plusieurs croyances douteuses et bien des théories complotistes. Elle est décédée en 2025, guidée jusqu’à la fin par des convictions qui ont empoisonné la vie de son entourage, miné sa santé, au point de mourir à l’âge de 67 ans dans de grandes souffrances. J’avais sous les yeux le plus triste exemple des ravages de la désinformation.
Quel changement aimeriez-vous voir parmi les jeunes et les adultes en matière de pratiques informationnelles?
Mon rêve le plus fou serait que les gens rangent plus souvent leur téléphone et ouvrent un livre! Il s’agit bien sûr d’un outil précieux pour s'informer - le mien compte les applications du Devoir, de Radio-Canada, NPR, BBC, Radio-France. Le temps qu’on perd à naviguer d’un « reel à l’autre » n’est pas consacré à la lecture, aux contacts humains, ou à la mobilisation citoyenne. Et je n’ai jamais cru que se farcir des vidéos de gens indignés dans le confort de leur voiture contribue à la vigueur de la démocratie…
Décrivez une réalisation qui fait votre fierté et celle de votre organisation.
Chaque année depuis sa fondation, je suis ébloui par le dynamisme du CQÉMI, et encore plus par tous les gens formidables qui contribuent à son rayonnement, ses réussites, et sa crédibilité. D’un programme qui s’adressait d’abord aux élèves du niveau secondaire, l’organisme a développé des formations qui, à l’image de la compagnie Walt Disney, visent maintenant les 7 à 77 ans! Nous aspirons à devenir un véritable carrefour de l’ÉMI au Québec, et considérant la mesure du travail accompli, je ne serais pas surpris qu’on y parvienne dans un avenir rapproché.

Le RÉFÉMI en bref
Le 3 octobre 2024 lors du XIXe Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts, en France, sept organismes d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord voués à l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI) ont fondé le RÉFÉMI. Il s’agit du Centre de liaison de l’enseignement et des médias (CLEMI, France), la Conférence intercantonale de l’instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin (CIIP, Suisse), Les Bénévoles de l’EMI (Côte d’Ivoire), Polaris association (Sénégal), le Conseil supérieur de l’éducation aux médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CSEM, Belgique), Éduk-Média/CREMI (Cameroun), et le Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information (CQÉMI, Québec). En juin 2026, le Centre de recherches et d’éducation aux médias (CREM, Maroc) a rejoint les rangs du RÉFÉMI.
Depuis sa fondation, le réseau est soutenu financièrement par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et l’Agence française de développement médias (CFI). Tous les membres poursuivent quatre grands objectifs : la formation des formateurs en ÉMI; la production de ressources pédagogiques; la recherche et le partage d’expertises; le développement de la gouvernance de l’ÉMI dans l’espace francophone. Depuis 2025, le réseau a également produit le premier référentiel de compétences pour les formateurs francophones en ÉMI et initié un premier cycle de formation de formateurs en ÉMI.

